Texte : Pia Schüpbach, photos : Sophie Frei, mise à disposition
La fillette traîne sa machine à barbe à papa vers la prise murale. « Vous voulez quelle sorte ? », demande-t-elle aux visites. La maisonnette près de Berne est une vraie place de jeu ; c’est Danny qui l’a aménagée. Pour rejoindre l’étage inférieur, on peut emprunter l’escalier… ou le toboggan. Sur la mezzanine en bois et en métal, un canapé invite à se prélasser. En dessous, un hamac rayé et un tapis avec une pile de coussins. Danny rit. « Pas étonnant que d’autres enfants viennent souvent ici. »
Père et fille sont très proches. Pour que la cicatrice sur son ventre n’effraie pas Charlie, Danny s’est fait tatouer Peppa, la petite truie du dessin animé, qui tire un crabe hors de l’eau. « Comme ça », dit Danny, « Charlie a compris que la cicatrice a quelque chose de positif. »
Charlie a deux mois quand son père reçoit le diagnostic : cancer du testicule. Des mois durant, Danny effectue des recherches sur internet pour trouver une explication à son testicule enflé. Une hernie inguinale ? Peut-être bien, se dit-il. Mais il n’arrive pas à se défaire d’un mauvais pressentiment. Par gêne, il repousse le moment de se rendre chez le médecin. Quand il s’y résout enfin, il entend les mots que personne ne souhaite entendre : « Vous avez un cancer. » Campé devant une volière, il appelle sa mère, en larmes. Son deuxième coup de fil, il le passe à un ami qui a eu un cancer du testicule et qui s’en est sorti. Cela atténue quelque peu la peur qui l’assaille.
« C’est la meilleure chose qui me soit arrivée »
Mais Danny passe par des moments difficiles. Le soir, il se couche en pleurant ; le matin, il se lève en larmes. Il finit par se sermonner : « Tu ne peux pas continuer comme ça, tu as une vie. Et tu as Charlie. » À la base, il ne voulait pas d’enfant. Le premier cri de sa fille a tout changé : « La naissance de Charlie est la meilleure chose qui me soit arrivée. »
La maladie de Danny suit une évolution atypique. Rechute après neuf mois, nouvelle chimiothérapie intensive en perspective. Il pense aux mots de son père après une fracture du bras : « La guérison commence tout de suite. » Il voit alors la chimiothérapie comme quelque chose de positif. Il doit la faire parce qu’elle guérit. Mais le traitement affecte sa vue et entraîne des troubles de l’équilibre. Danny perd des dents. Et ses cheveux. Cela le secoue.
Pas de boucles, mais une calvitie
Danny rassemble son courage. « Je me suis imaginé ce qu’une femme doit ressentir en perdant tous ses cheveux si elle en était fière avant. » Il se dit : « Allez, arrête de te lamenter pour quelques petits cheveux. » Il espère avoir des boucles après la chimiothérapie. Mais seuls quelques cheveux repoussent, un peu plus foncés qu’avant. Danny se rase le crâne. Depuis, la boule à zéro fait partie de sa personnalité, comme les tatouages sur tout le corps.
À l’hôpital, il y a chaque jour une petite éclaircie lorsque Charlie lui rend visite avec sa mère et que tous trois déjeunent ensemble. Après, Danny fonce dans les couloirs avec Charlie sur le pied à perfusion. « Elle trouvait cela tellement drôle. »
Après trois mois de chimiothérapie, Danny est lessivé. En prime, il se sépare de sa compagne peu après, et quelques semaines plus tard, un examen révèle un ganglion lymphatique enflé dans l’abdomen. Pour mettre toutes les chances de son côté, Danny se soumet à une opération complexe.


