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Ligue contre le cancerA propos du cancerLa vie avec et après le cancer

« Une porte peut toujours s’ouvrir par surprise »

Heidi Mani a frôlé la mort à plusieurs reprises. Mais cette patiente touchée par le cancer s’en est sortie à chaque fois, sans jamais perdre l’envie de vivre. Même lorsqu’elle a perdu son fils. Lisez ici l’impressionnant témoignage de Heidi Mani, que nous avions rencontrée en mai 2022. Heidi Mani nous a quittés à mi-février 2024.

Heidi Mani aime se promener au bord du lac de Zurich.

Les yeux de Heidi Mani brillent, son visage rayonne. Le tuyau qui relie le réservoir d’oxygène que contient son sac à dos à son nez ne parvient pas à entamer la joie de vivre de cette pétillante femme de 76 ans. Bien que le destin n’ait pas épargné cette Zurichoise, elle a toujours conservé une attitude positive face à la vie.

En 1967, Heidi Mani part Ă  New York comme jeune fille au pair. Elle dĂ©cide alors de s’établir aux Etats-Unis. Elle sĂ©journe dans diffĂ©rents endroits et a deux enfants, Thomas et Marco. Ă€ 19 ans, Thomas est renversĂ© par un conducteur sous l’influence de l’alcool. « Cela a Ă©tĂ© un grand choc. J’ai continuĂ© Ă  vivre pour Thomas et surtout pour Marco Â», raconte-t-elle. C’est Ă  ce moment-lĂ  que Heidi Mani, fumeuse depuis plus de 30 ans, dĂ©cide d’arrĂŞter la cigarette. Elle fume alors un paquet par jour. « Je ne voulais pas avoir un cancer du poumon qui fasse que Marco perde sa mère Â». Mais, 25 ans plus tard, une tumeur pulmonaire apparaĂ®t tout de mĂŞme, sans que les mĂ©decins puissent dĂ©terminer si le cancer est rĂ©ellement dĂ» au tabagisme.

Après son diagnostic de cancer du poumon incurable avec métastases au cerveau, la vie de l’ancienne hôtesse change une nouvelle fois. Les médecins américains lui prédisent alors une espérance de vie de trois mois.

Retour en Suisse

Aux Etats-Unis, son cancer mĂ©tastatique du poumon est traitĂ© Ă  plusieurs reprises par chimiothĂ©rapie et radiothĂ©rapie, un traitement que Heidi Mani tolère mal. « La tumeur pulmonaire a mĂŞme continuĂ© Ă  se dĂ©velopper et je me suis sentie vraiment malade », se souvient-elle. Après l’échec de la chimiothĂ©rapie, les mĂ©decins la soumettent Ă  une nouvelle immunothĂ©rapie, qui semble fonctionner. Ces traitements visent, par diffĂ©rentes mĂ©thodes, Ă  briser les stratĂ©gies de dĂ©fense des cellules cancĂ©reuses au moyen de cellules T. Ce traitement offre Ă  Heidi Mani une nouvelle perspective inespĂ©rĂ©e, mais son espĂ©rance de vie n’est toujours que de quelques mois. « Ce pronostic Ă©tait difficile pour moi. Je ne voulais pas suffoquer. C’est pourquoi j’ai dĂ©cidĂ© de mourir en Suisse avec Exit Â», dit-elle. En 2018, l’AmĂ©ricaine d’adoption laisse alors son fils Marco (43 ans), sa femme Katrina (49 ans) et ses petits-enfants Thomas (15 ans) et Alexis (11 ans) dans le New Jersey, et s’installe Ă  la hâte Ă  Zurich, munies de seulement deux valises.

En Suisse, le centre d’oncologie de Zurich poursuit son immunothĂ©rapie avec succès. « Nous avons pu rĂ©sorber presque entièrement la tumeur Â», explique Dr Ulf Petrausch, son oncologue traitant. « Les immunothĂ©rapies sont efficaces chez environ 20 % des patients atteints d’un cancer, mais les effets secondaires peuvent ĂŞtre très lourds Â», poursuit le spĂ©cialiste. Cela n’est certes pas le cas pour Heidi Mani. Toutefois, Ă  l’issue de son traitement, une cavitĂ© infectieuse se forme Ă  l’endroit oĂą se trouvait la tumeur pulmonaire. Des sĂ©quelles potentiellement fatales, comme lors d’une pneumonie sĂ©vère – la guĂ©rison de Heidi Mani semble dĂ©sormais encore plus improbable. Son fils Marco arrive en avion des Etats-Unis pour dire au revoir Ă  sa mère en phase terminale, hospitalisĂ©e au sein de l’unitĂ© de soins palliatifs de l’hĂ´pital universitaire de Zurich. Une solution drastique lui offre alors une dernière lueur d’espoir : « Nous avons procĂ©dĂ© Ă  l’ablation de tout le poumon droit, ce qui a sauvĂ© la vie de Heidi Mani Â», raconte Ulf Petrausch.

De l’espoir malgré une nouvelle métastase

L’immunothérapie est stoppée en 2020, car plus aucune activité cancéreuse n’est décelable. Mais à l’été 2021, Heidi Mani ressent des douleurs persistantes sur la cicatrice qu’elle a au niveau de l’aisselle droite. Une métastase de la taille d’un poing s’est formée sur la partie externe. Heidi Mani est à nouveau hospitalisée en urgence, subit deux opérations et doit à nouveau se soumettre à une immunothérapie. Depuis, le cancer semble s’être à nouveau mis en veille.

Ă€ son retour en Suisse, Heidi Mani avait Ă©galement tĂ©lĂ©phonĂ© Ă  la Ligue zurichoise contre le cancer pour s’informer sur sa maladie. Maintenant qu’elle va mieux, elle pourra peut-ĂŞtre bientĂ´t rejoindre un groupe de soutien auquel participent d’autres personnes touchĂ©es par un cancer du poumon. La Ligue contre le cancer l’a mise en contact avec l’association Selbsthilfe ZĂĽrich et un groupe en cours de constitution. 

Heidi Mani a frĂ´lĂ© la mort Ă  plusieurs reprises et elle a perdu un fils. En partageant son histoire, elle souhaite donner du courage Ă  d’autres personnes et les inciter Ă  rester positives, mĂŞme si elle est consciente que chaque cas est diffĂ©rent. Pour elle, il est important que les personnes gravement malades acceptent de nouvelles formes de traitement. « Une porte peut toujours s’ouvrir par surprise. Mais il faut aussi savoir lâcher prise quand on n’y arrive plus Â».

Texte: Christian Franzoso, photo: libre de droit (Mai 2022) 

« Il est toujours préférable de ne pas fumer »

PD Dr. med. Ulf Petrausch

PD Dr med. Ulf Petrausch est oncologue au centre d’oncologie de Zurich. Il a suit Heidi Mani depuis qu’elle est revenue des Etats-Unis.

Docteur Petrausch, après avoir arrêté de fumer pendant 25 ans, Mme Mani a développé une tumeur au poumon. Ce cancer est-il dû au tabagisme ?
Dr Ulf Petrausch : quatre cancers du poumon sur cinq sont associĂ©s au tabagisme. La grande majoritĂ© des cas sont donc dus au tabagisme. MĂŞme si une personne a arrĂŞtĂ© de fumer il y a plus de 25 ans, son risque de dĂ©velopper un cancer est toujours presque quatre fois plus Ă©levĂ© par rapport Ă  une personne qui n’a jamais fumĂ©. Après cinq ans d’abstinence tabagique, le risque demeure douze fois plus Ă©levĂ©.

Quel est l’effet de la fumĂ©e de la cigarette sur les poumons ?
Cette fumée est un mélange très complexe de substances. Elle se compose d’environ 4800 substances différentes, qui sont pour la plupart toxiques. D’une part, il y a la nicotine, la substance qui pénètre dans le cerveau et entraîne une relation de dépendance. D’autre part, la fumée contient de nombreux radicaux libres. Ces substances extrêmement agressives attaquent les molécules et les détruisent. Enfin, il y a le monoxyde de carbone, un gaz qui modifie les proportions d’oxygène dans le sang et qui perturbe donc aussi la circulation sanguine. Nous pensons que ces trois groupes, associés à une modification du système immunitaire, favorisent l’apparition d’un cancer.

Un poumon peut-il se rĂ©gĂ©nĂ©rer après un arrĂŞt du tabagisme ?
En partie seulement. Le tabagisme dĂ©truit certaines structures comme les alvĂ©oles pulmonaires. Les Ă©changes gazeux sont donc altĂ©rĂ©s, ce qui entraĂ®ne un dysfonctionnement de l’absorption d’oxygène et du rejet de dioxyde de carbone. Une rĂ©gĂ©nĂ©ration complète n’est pas possible. En revanche, l’adhĂ©rence des cils pulmonaires causĂ©e par le goudron peut rĂ©gresser. En rĂ©sumĂ© : plus une personne fume longtemps, plus les dĂ©gâts structurels sur ses poumons seront importants.

Y a-t-il une diffĂ©rence entre fumer peu et fumer beaucoup en termes de consĂ©quences sur la santĂ© ?
Nous pouvons faire une distinction entre les gros fumeurs, qui consomment plus de 20 cigarettes par jour, et les fumeurs plus modĂ©rĂ©s, qui consomment entre une et quatre cigarettes par jour. Par rapport aux non-fumeurs, les gros fumeurs ont 23 fois plus de risques de dĂ©velopper un cancer du poumon. Ce chiffre se situe entre trois et cinq pour les « petits fumeurs Â».

Cela signifie donc que, dans l’idĂ©al, il ne faut pas fumer du tout ?
Absolument ! Il est toujours prĂ©fĂ©rable de ne pas fumer. En effet, il est impossible de fixer une limite – par exemple s’en tenir Ă  deux cigarettes par jour – qui permettrait d’être Ă  l’abri du cancer ; ou encore affirmer qu’à partir de la cinquième cigarette, le risque de cancer augmente. Le risque d’endommager ses poumons en consommant du tabac et de dĂ©clencher ainsi un cancer existe toujours, quelle que soit la quantitĂ© de tabac qu’une personne consomme.

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