

Lauréats 2008
Professeur Thomas Helleday, Gray Institute for Radiation Oncology & Biology, University of Oxford, UK, 250000 francs
Une nouvelle stratégie thérapeutique dans la lutte contre les cancers du sein et de la prostate
Avant qu’une cellule ne se divise, elle double son matériel génétique. Lors de ce processus surviennent toujours des erreurs dans la séquence d’ADN, erreurs que la cellule saine est en mesure de corriger à l’aide de différents mécanismes de réparation. Des anomalies affectant les gènes responsables de ces travaux de réparation peuvent générer un cancer. Citons à titre d’exemple les gènes BRCA1 et BRCA2 qui – dans une forme mutée, non fonctionnelle – peuvent entraîner un cancer du sein ou de la prostate. Or, une nouvelle stratégie thérapeutique vise, dans les cellules cancéreuses présentant un défaut du mécanisme de réparation, à en inhiber ensuite un second pour provoquer la mort de ces cellules. C’est précisément cet objectif que poursuivent le professeur Thomas Helleday et son équipe du Gray Institute for Radiation Oncology & Biology, à l’Université d’Oxford. A l’aide de petites molécules (thiopurine), Thomas Helleday est parvenu à détruire très sélectivement des cellules cancéreuses dans lesquelles les gènes BRCA1 ou BRCA2 étaient défectueux – et ce, sans porter atteinte aux cellules saines de l’organisme pour autant. Objectif: identifier d’autres inhibiteurs performants de la réparation, qui pourraient être mis à l’essai dans le cadre d’études cliniques.
Professeur Dario Neri, Département de chimie et de biosciences appliquées, EPF de Zurich, 200000 francs
Une nouvelle génération d’anticorps comme vecteurs de médicaments
Depuis quelques années, la cancérothérapie recourt à des anticorps qui se dirigent de manière très ciblée vers certaines structures situées à la surface des cellules cancéreuses et les détruisent. Une seconde stratégie consiste à munir ces anticorps d’un médicament anticancéreux. L’anticorps fait ainsi fonction de véhicule de transport qui achemine le médicament jusqu’au site recherché – autrement dit les cellules cancéreuses. Ces cellules absorbent le médicament en même temps que l’anticorps et sont alors détruites. L’efficacité de ces agents thérapeutiques est toutefois limitée par deux obstacles: la grande diversité des structures situées à la surface des cellules cancéreuses et la difficulté que rencontrent ces médicaments pour pénétrer à l’intérieur du tissu tumoral. Le professeur Dario Neri, du Département de chimie et de biosciences appliquées à l’EPF de Zurich, entend contourner ce problème grâce à une nouvelle génération de conjugués associant anticorps et médicament. Concrètement, Dario Neri et son équipe développent des types de composés qui inhibent spécifiquement la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins dans les tumeurs. La tumeur se trouve ainsi «affamée» et entravée dans sa croissance.
Professeure Anna Maria Teti, Dipartimento di Medicina sperimentale, Università degli Studi dell'Aquila, Italia, 150000 francs
Un traitement expérimental pour empêcher la formation de métastases osseuses
Dans certains types de cancer – tels que le myélome multiple, le cancer du sein et le cancer de la prostate –, un cercle vicieux entraîne des complications lourdes de conséquences. Les cellules tumorales activent en effet les «ostéoclastes», cellules qui, d’une part, dégradent la substance osseuse et, d’autre part, stimulent les cellules cancéreuses – les amenant à se reproduire. Chez de nombreuses personnes atteintes de cancer, il en résulte des métastases osseuses et – en particulier pour les patients bénéficiant d’une survie à long terme – la formation d’une ostéoporose tout comme, en relation avec celle-ci, un risque accru de fractures osseuses. Si les médicaments de la classe des biphosphonates inhibent la dégradation osseuse, ils n’en sont pas moins associés à des effets indésirables et n’améliorent pas le taux de survie des patients. L’équipe de chercheurs travaillant autour de la professeure Anna Maria Teti, du Département de médecine expérimentale de l’Université L’Aquila, en Italie, a découvert un fragment de protéine qui inhibe très efficacement l’activation des ostéoclastes en laboratoire, et par là-même la formation de métastases osseuses et la dégradation osseuse. Dans le cadre d’études précliniques, les chercheurs testent maintenant l’efficacité et la sécurité d’emploi de cette substance dans le modèle animal.